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littérature essais

Voyage à pied dans la Haute-Drôme

Jean Giono

« Ai fait environ 170 km à pied à travers la haute Drôme. Ai écrit au jour le jour les notes de ces étapes. » Cette indication du 27 juillet clôturant le Journal de Jean Giono pour l’année 1939 laissait sur leur faim les lecteurs désireux de ne rien ignorer des pérégrinations pédestres de l’homme de Manosque et du Contadour. Mais voilà que, quatre-vingt-cinq ans plus tard, à la faveur d’une heureuse trouvaille dans les archives d’une juridiction d’exception de l’Occupation, le modeste cahier manuscrit de ce « voyage à pied en Haute-Drôme » refait surface… Et il nous offre le témoignage émouvant, spontané et puissant d’un Giono qui ne conçoit le travail romanesque que plongé dans la substance du monde et la géographie humaine, telles que l’appel de la marche y conduit – dans ce « pays étrange », à l’écart des terres familières, laissant deviner « un diabolisme souterrain ».
L’écrivain consigne ici ses observations, ses sensations ainsi que ses réflexions sur la création littéraire… qui le mèneront, quelque dix années plus tard, à l’écriture de l’un de ces chefs d’œuvre, Les Grands Chemins, le grand roman noir de l’amitié.

Je suis la sterne et le renard

Alain Mascaro

«Ma soeur, il est temps d’écouter Aam la brodeuse. Puisse cette histoire dénouer ce qui t’étouffe et t’ouvrir à l’immensité des landes.» Ainsi commence la saga du clan de l’Ormr. Barbra, Aana, Álfheidr et les autres forment une lignée de femmes sans père ni mari. À la fois brodeuses d’histoires, guérisseuses, sages-femmes, chamanes, gardiennes des Hautes Terres et des forêts, elles sont en butte à la violence que les hommes exercent sur elles aussi bien que sur la nature. Aam raconte leurs destins, qui débutent quand l’esclave Barbra, quelque temps après avoir assisté à la naissance d’un volcan, est accusée d’avoir réveillé l’Ormr, le dragon de feu, et d’attendre son enfant. Mais qui est cette soeur à laquelle Aam adresse son récit depuis le réduit obscur d’une maison de tourbe ? Et ce qu’elle transmet n’est-il pas de tous les temps et de tous les lieux, tant il est vrai que les hommes ont crû et multiplié, asservissant les femmes et la Terre ? Grande saga islandaise traversée par des paysages somptueux et des landes ancestrales, ce roman, tissé de légendes et d’imaginaire, déploie une fable aux résonances contemporaines.

L'heure des prédateurs

Giuliano da Empoli

« Aujourd’hui, l’heure des prédateurs a sonné et partout les choses évoluent d’une telle façon que tout ce qui doit être réglé le sera par le feu et par l’épée. Ce petit livre est le récit de cette conquête, écrit du point de vue d’un scribe aztèque et à sa manière, par images, plutôt que par concepts, dans le but de saisir le souffle d’un monde, au moment où il sombre dans l’abîme, et l’emprise glacée d’un autre, qui prend sa place. »

Giuliano da Empoli nous livre le compte-rendu aussi haletant que glaçant de ses pérégrinations au pays de la puissance, de New York à Riyad, de l’ONU au Ritz-Carlton de MBS. Il nous guide de l’autre côté du miroir, là où le pouvoir s’acquiert par des actions irréfléchies et tapageuses, où des autocrates décomplexés sont à l’affût du maximum de chaos, où les seigneurs de la tech semblent déjà habiter un autre monde, où l’IA s’avère incontrôlable… Aucun doute, l’heure des prédateurs a sonné.
L’auteur du Mage du Kremlin les regarde en face, avec la lucidité d’un Machiavel et la hauteur de vue du moraliste.

Les Sentiers de l'aube

Françoise Bourdon

Quatre récits de femmes, autour de quatre savoir-faire, quatre artisanats de la plus belle tradition provençale. Par l’auteure de La Roche aux loups .

Elles sont quatre, à différentes époques, dans quatre magnifiques écrins. Elles racontent, chacune, un geste ou une tradition séculaire de Provence.
L’ardente Eugénie, enfant naturelle d’une ” gamine de l’Assistance “, à L’Isle-sur-la-Sorgue, veut accomplir la promesse faite à sa mère…
À Montfavet, près de la fabrique familiale de berlingots, Adeline a toujours vécu enfermée dans son monde et a enfoui un tragique secret.
Sabine, jeune veuve élevant seule son fils, travaille dans une distillerie d’élixirs de Châteauneuf-du-Pape où elle dessine de belles étiquettes. Mais bientôt le choléra frappe la région.
Angéla, la boutisseuse d’Apt, attend désespérément le retour de celui qu’elle aime, disparu depuis les Cent-Jours. La détresse d’une femme va lui donner tous les courages.

Toute la sensibilité, le regard, le talent de Françoise Bourdon pour évoquer des héroïnes intemporelles et inspirantes.

La liberté ne meurt jamais

Damien Castera

En mars 2022, Damien Castera prend la route de l’Ukraine pour acheminer du matériel médical à la frontière. Quelques semaines plus tard, il se retrouve engagé en première ligne, où il accomplit plusieurs séjours jusqu’en février 2024. De volontaire humanitaire à reporter de guerre, il se mêle aux combattants ukrainiens pour témoigner de leur résistance héroïque. Durant sa traversée du pays, il partage également le quotidien de nombreux civils, tels Olha, une jeune violoniste qui organise des concerts dans les souterrains du métro de Kharkiv, ou Pavel, un garde forestier qui s’emploie à sauver les animaux abandonnés sous les bombes. Tous ces héros silencieux persistent à créer et à résister, refusant de plier sous la violence des armes.
Dans cet endroit du monde où la peur est sur toutes les lèvres, l’auteur apprend plus qu’ailleurs à célébrer la vie, le courage et la fraternité. Son récit rend hommage à celles et ceux qui ont choisi de se battre pour leur liberté.

Ajisaï

Aki Shimazaki

Shôta est étudiant en littérature et rêve de devenir écrivain. Lorsqu’il apprend que sa famille, qui l’a toujours aidé, se heurte à des difficultés financières, il doit trouver une solution pour subvenir seul à ses besoins. Alors qu’il se résout à accumuler les emplois, se présente à lui la chance inespérée d’occuper une dépendance de la maison de campagne d’un couple marié. C’est là qu’il rencontre Madame Oda, la propriétaire, une professeure de piano d’une beauté qui le bouleverse au premier regard – une rencontre digne des plus grands romans d’amour.
Avec “Ajisaï”, Aki Shimazaki entame un nouveau cycle romanesque tout en sensualité et en mélancolie.

Clamser à Tataouine

Raphaël Quenard

« La discutable dextérité dont j’ai fait montre pour me dépatouiller de mon existence laisse à penser que je suis tout sauf un exemple à suivre. »

C’est le moins qu’on puisse dire. Le narrateur est un jeune marginal qui n’a jamais cherché à s’intégrer. Ce qui ne l’empêche pas de trouver plus commode de rejeter l’entière responsabilité de son ratage sur la société. Et il compte bien, « en joyeux sociopathe », lui faire salement payer l’addition de sa défaite. Son plan ? S’immiscer dans toutes les classes sociales pour dénicher chaque fois une figure représentative de cette société détestée. Et la tuer. En écrivant le roman de ce psychopathe diaboliquement pervers, provocateur et gouailleur, l’auteur entraîne le lecteur dans une épopée macabre mâtinée d’un humour noir très grinçant.
Avec un style aussi électrique qu’inventif, Raphaël Quenard dissèque le cerveau malade d’un monstre moderne et met en scène toute la galerie de personnages qui l’entourent.

L'Archipel de Claire

Eric de Kermel

Claire a jeté l’ancre sur l’archipel de Bréhat il y a plusieurs années. Entre les pins et les agapanthes, elle a exercé son métier de psy auprès des femmes, découvert chaque recoin de l’île avec son grand amour, vu grandir son fils. À la disparition de son mari, elle a cessé de recevoir des patientes… lorsqu’une jeune femme surgit et vient troubler son existence. Quelque chose la lie à Aëlwen. Se pourrait-il qu’elle incarne l’invitation d’une aube nouvelle ?
Sous les cieux bretons, la vie de Claire se tisse entre des visites à son amie mi-libraire mi-boulangère et les séjours de son fils devenu marin. Mais une tombe abandonnée et un grand secret de famille pourraient changer leur destin…
Éric de Kermel explore les petits et grands mouvements de l’existence dans ce roman virtuose. De la douce marche du quotidien aux grands orages de nos histoires familiales, il compose un hymne magnifique aux femmes de tous temps.

Mon vrai nom est Elisabeth

Adèle Yon

Une chercheuse craignant de devenir folle mène une enquête pour tenter de rompre le silence qui entoure la maladie de son arrière-grand-mère Elisabeth, dite Betsy, diagnostiquée schizophrène dans les années 1950. La narratrice ne dispose, sur cette femme morte avant sa naissance, que de quelques légendes familiales dont les récits fluctuent. Une vieille dame coquette qui aimait nager, bonnet de bain en caoutchouc et saut façon grenouille, dans la piscine de la propriété de vacances. Une grand-mère avec une cavité de chaque côté du front qui accusait son petit-fils de la regarder nue à travers les murs. Une maison qui prend feu. Des grossesses non désirées. C’est à peu près tout. Les enfants d’Elisabeth ne parlent jamais de leur mère entre eux et ils n’en parlent pas à leurs enfants qui n’en parlent pas à leurs petits-enfants. “C’était un nom qu’on ne prononçait pas. Maman, c’était un non-sujet. Tu peux enregistrer ça. Maman, c’était un non-sujet.’

Mon vrai nom est Elisabeth est un premier livre poignant à la lisière de différents genres : l’enquête familiale, le récit de soi, le road-trip, l’essai. À travers la voix de la narratrice, les archives et les entretiens, se déploient différentes histoires, celles du poids de l’hérédité, des violences faites aux femmes, de la psychiatrie du XXe siècle, d’une famille nombreuse et bourgeoise renfermant son lot de secrets.